Paraná l’hospitalière et Cordoba la festive

En réalité, nous avons beaucoup à vous dire sur les quelques jours passés à Paraná : nous y sommes allées pour intervenir auprès des enfants, et nous nous sommes retrouvées embarquées dans une belle aventure.

Déjà, nous sommes arrivées lundi matin, à l’aube, et Carina, Brenda et German étaient à la gare, dans le froid, à nous attendre. Vraiment, désolées de vous avoir fait lever à 6:00 ! Et à partir de là, tout s’est enchainé. Nous avons suivi Carina et Brenda à l’école, pour découvrir le lieu où nous allions travailler le lendemain, puis nous sommes parties à la découverte de la ville et de son joli parc au bord du fleuve. Après, première nouvelle : Carina nous annonce qu’on passe à la télé pour parler de notre projet ! Sur une chaîne locale (canal once), dans une émission nommée Entrevistas. Oups ! Une interview. À la télé. En espagnol ! Hum … Bon, finalement, ce n’était pas pour lundi, mais pour mardi après-midi. Et nous n’étions pas plus rassurées pour autant. On peut dire que nous étions pétrifiées. Au point que j’en suis venue à regarder Carina, désespérée, face à une question que je n’avais pas comprise … Donc oui, j’ai lancé un « ayudame » paniqué en direct. Bref, retour au lundi ! Nous avons suivi Brenda à l’alliance française, pour rencontrer ses élèves de français (et d’autres), avec qui nous avons discuté de la France, de Paris, pendant 2 heures. Et après cela, retour à l’école pour rencontrer les élèves de dernière année pour discuter autour d’un café. Ça fait bizarre d’être autant le centre de l’attention ! Mais c’était vraiment sympa de discuter avec ces gens qui apprennent notre langue.
Le mardi, grosse journée : Erika passe à la radio au saut du lit, puis entretien pour le journal de la fac, puis notre intervention avec les enfants, puis entretien pour el Diario de Paraná, puis déjeuner, puis télé, puis rencontre avec les lycéens de l’école de commerce, qui se moquaient bien de nous quand nous parlions espagnol. C’étaient vraiment de belles rencontres !

Heureusement, après ces journées bien remplies, nous pouvions compter sur la gentillesse de nos hôtes, les talents de cuisinier de German, leurs anecdotes sur l’Argentine, ses légendes, son cinéma … Et nous avons aussi passé une bonne soirée à partager notre maîtrise (absolue …) de l’ukulele !
Nous avons été accueillies si chaleureusement à Paraná que nous l’avons quittée à regret, sous des trombes d’eau par ailleurs.

Il a plu à verse tout le trajet jusqu’à Cordoba, certaines villes traversées étant même en partie inondées. Mais nous sommes arrivées sans encombres – et sèches – à notre étape suivante jeudi vers 20:00. Fernando, chez qui nous étions logées, est venu nous chercher, et nous avons pu rencontrer ce soir-là une partie de sa (grande) famille, ainsi que leurs 4 chiens, leur chat et leur agneau (un petit d’une semaine abandonné par sa mère). Après un demi kilo d’empanadas, nous voilà partis en ville pour une soirée entre couchsurfers, avec qui nous sommes allés danser (à 3:00 du matin !). Et là, nous avons découvert La Mona Jimenez, LA star de Cordoba apparemment ! Une vidéo s’impose.
Ces 3 jours à Córdoba furent vraiment sympathiques, Fernando, sa famille et ses amis étant très aimables et ouverts (malgré nos difficultés à suivre les conversations ! L’accent local est très particulier) : nous avons passé de bons moments, entre les repas en famille, la visite du centre-ville, les soirées, l’asado dans la sierra proche… Bref, nous avons été initiées à une autre facette de la culture argentine, qui, celle-ci, nous a bien épuisées !

Je vous écris de Salta (bien surnommée la Linda), une charmante ville au pied des Andes, où nous sommes arrivées hier matin. Nous devions rencontrer une classe demain, mais malheureusement, la semaine entière est feriée, car différentes fêtes se succèdent en ville… C’est dommage, mais j’espère que nous pourrons rester en contact avec les professeurs intéressés ! Nous avons principalement parcouru la ville, nous avons monté 1070 marches pour admirer le panorama (ça en valait le coup, vraiment !), puis dîné en ville en compagnie de nouveaux compagnons de voyage (enfin, pas tous nouveaux : nous avons retrouvé ici Michael, avec qui nous étions parties en expédition au Paraguay il y a 10 jours). Voilà, c’est tout pour aujourd’hui, je dois étudier le guide pour savoir où nous irons demain … Vers le Nord !

Et comme d’habitude, les photos arriveront … Plus tard !
Hasta luego!

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Intervention 2 : Compte-rendu

Date : mardi 4 septembre 2012
Lieu : Escuela Normal, Paraná, Entre Ríos, Argentine
Niveau : 4e, 5e et 6e années
Nombre d’élèves : environ 35
Durée : 1h40
Mythe raconté : Midas et le toucher d’or
Nombre d’histoires récoltées : 6

La première intervention lors de notre périple vient d’avoir lieu en Argentine. Après deux semaines de tourisme, ponctuées par la découverte des légendes guaranis au milieu de la forêt tropicale dans la province de Misiones, il était bien temps de nous mettre au travail ! Dans cet article, je vous parlerai uniquement de notre rencontre hier avec les enfants de l’école Normale de Paraná (la première du pays). Je relaterai les multiples autres expériences, découvertes et rencontres lors nos quelques jours ici plus tard. Il y a tellement de choses à dire, en particulier sur l’accueil extraordinaire que nous avons reçu.

Tout d’abord, nous tenons à remercier chaleureusement l’école, pour nous avoir reçues, et tous ceux qui ont cru dans notre projet, pour leur accueil, leur enthousiasme, leur soutien. Merci à Carina Greca pour tout, et pour avoir tout organisé avec tant de précision, à Brenda et German pour leur gentillesse et le temps qu’ils nous ont consacré.

Maintenant, commençons par le début : nous sommes intervenues auprès d’enfants de 9 à 11 ans, qui participent au projet pluri-linguistique de l’école. Ce programme, mis en place l’an dernier, offre aux enfants la possibilité d’apprendre des langues nouvelles des leur plus jeune âge (anglais, portugais, italien, et français). Nous avons donc rencontré l’ensemble des enfants de primaire qui se sont lancés dans l’apprentissage du français. Le groupe était assez conséquent, mais grâce à l’aide des professeurs, et à la très bonne volonté des enfants, la séance a pu se dérouler dans d’excellentes conditions.

Pour résumer la séance, après nous être présentées en français, nous avons fait une brève introduction sur la mythologie en espagnol, afin de permettre aux enfants de situer la Grèce, le contexte, les dieux grecs … Puis, nous avons raconté la première partie du mythe de Midas, à deux voix. Je dois avouer que la présence d’Erika à mes côtés, et non pas derrière la caméra, m’a bien rassurée : je pense avoir été une bien meilleure conteuse que lors de la séance à Saint Romain ! Après cela, nous avons demandé aux enfants ce qu’ils avaient compris, et à la demande générale, nos avons repris le récit une nouvelle fois, de manière plus brève, afin que tout soit clair dans leur esprit. Il est vrai qu’il est difficile, lorsque l’on débute une langue (certains n’avaient qu’un an de français derrière eux, d’autres un peu plus), de comprendre une histoire à la première écoute. Surtout que Carina nous a expliqué plus tard que cette histoire était la plus longue qu’ils avaient entendue en français. Donc nous ne pouvons qu’admirer l’effort qu’ils ont fourni pour suivre l’intrigue, et tenter de comprendre ce que nous racontions. La légende de Midas nous avait paru être le récit parfait pour cette séance : le mythe est connu (certains enfants l’avaient déjà entendu), l’histoire est plaisante et plutôt comique, et la morale n’est pas difficile à appréhender pour de enfants de cet âge. Et au vu de leur réaction à la seconde narration, je pense que nous avons fait le bon choix.
Et à ce moment-là a donc débuté la seconde partie de la séance : celle où les enfants travaillent ! Ils se sont mis en petits groupes (afin que le plus grand nombre ait le temps de raconter une histoire), et après une petite mise au point sur la consigne, ont dessiné pendant 30 minutes. Comme pour la classe française, certains ont été inspirés plus rapidement que d’autres, des enfants ne savaient pas vraiment quoi dessiner, ou n’étaient pas satisfaits du récit premièrement choisi. Après cela fut venu le moment de partager les récits avec la classe (en espagnol) et les enfants nous ont paru plus spontanés et moins timides que les français, même si le début du récit restait un peu hésitant. L’auditoire accueillait très bien chaque nouveau conteur, ce qui mettait tous les enfants en confiance, même les plus introvertis.
Nous n’avons malheureusement pas pu entendre tous les enfants : le moment de partir déjeuner est arrivé bien vite !

Ce fut une expérience très enrichissante pour nous, car cela nous a permis de voir la dynamique d’un grand groupe d’élèves, bien différente de celle de notre classe de CM2 française. Les enfants étaient bien plus extravertis, et je pense que le contact est très bien passé. Apparemment, notre accent (en français comme en espagnol) les a bien fait rire au début (j’ai fait rire un petit garçon un bon moment, simplement en parlant !), mais nombre d’entre eux nous approchaient pour nous poser discrètement de petites questions en français, notre nom, notre âge, notre anniversaire, … Ce que l’on peut tirer de cette expérience, je pense, c’est tout d’abord qu’elle a eu l’air d’intéresser les enfants. D’ailleurs, Brenda nous a confirmé qu’en temps normal, ils n’ont jamais 1h40 de cours sans pause, mais que, de manière étonnante, au cours de la séance, aucun n’a réclamé pour sortir un moment. C’est un bon signe, non ? Ils étaient curieux, et restaient attentifs (bon, le niveau sonore étaient plutôt élevé, ne le cachons pas, mais ils nous écoutaient lorsque nous parlions, et lorsque leurs amis contaient leur histoire).
L’application des enfants était aussi particulièrement visible : certains, pour présenter un dessin plus précis, tentaient même de tricher un peu en décalquant des dessins de livres, ou de préparer leurs phrases à l’avance pour le récit. Et justement, lorsqu’ils racontaient, certains enfants parlaient « comme un livre » ! Ils réutilisaient les formules qu’ils avaient lues, mais qui ne s’emploient pas du tout à l’oral d’après ce que nous a dit Brenda à la fin de la séance. C’est très intéressant de découvrir que les enfants ont pris ces automatismes de narration, sans vraiment s’en rendre compte : cela nous montre bien que le récit oral paraît respecter des codes autres que eux de la conversation banale.

La seule chose que nous pouvons regretter, c’est que nous n’avons récolté finalement qu’une seule légende locale, celle de Cacheuta. Les autres groupes nous ont raconté l’histoire du Petit Chaperon rouge, du Vilain Petit Canard, une histoire de prince, de princesse et de dragon (jolie invention), … Cela appuie finalement ce que nous pensions avant de partir : les contes traditionnels finissent par se perdre ! Peu d’entre eux connaissaient des histoires vraiment locales. Les films Disney, les histoires les plus répandues leur étaient beaucoup plus familières. Avant de tirer des conclusions générales et d’affirmer la mort de la tradition orale des contes locaux, nous allons attendre de rencontrer d’autres enfants, et voir ce qu’il en est dans d’autres régions du monde.

Ainsi, si l’on omet ce dernier point (un peu problématique pour notre étude, mais pas insurmontable – nous sommes capables de faire des recherches), cette rencontre a été très positive. Nous attendons de savoir ce qu’en ont pensé les enfants : Carina nous dira cela après avoir parlé de l’expérience avec ses élèves.