La Chine, euh … 中国 ?

Et nous serons en Chine de mi-février à mi-mars. Et là, c’est un peu flou. On sait ce qu’on veut voir (oui, là les petites étoiles rouges), on sait qu’on ne verra pas que ça, mais après, dans quel ordre, par quel moyen de transport, dans quelle LANGUE (ça va, je me débrouille plutôt bien au pictionary …), avec qui, ça reste ouvert !

Donc, dans le désordre (ou le bon ordre si ça se trouve !), Beijing, le mausolée du premier empereur Qin, le sud, Guilin, les rizières, la Grande Muraille, de superbes paysages et pas mal de dépaysement au programme. Après ça, d’une façon ou d’une autre, l’Inde !

Tomb Raider Twins : À la recherche du dragon perdu (épisode 1, Pékin)

Il y a deux ans de cela, ma soeur Eva préparait un M2 en Archéologie Chinoise sur la Voie de l’Âme au sein des tombes de la dynastie Ming (le titre seul est déjà digne de la Grande Muraille) ou Shendao. Hélas, la pénurie de documents disponibles sur ce sujet en France rendait une exploration sur le terrain absolument nécessaire. Bien sûr, je m’incrustais volontiers en tant que chaperonne pique-assiette fidèle jumelle chargée de la caméra vidéo-photographique et tentais de sauver de l’oubli mon chinois élémentaire acquis grâce aux cours du soir de la mairie de Paris (heureusement, Eva fréquentait l’INALCO). Naturellement, je n’oubliais pas de mettre dans ma valise mon chapeau en cuir usé de baroudeur et mon fouet à la Indiana Jones, dissimulé sous d’anonymes t-shirt blancs.

Quelques mois auparavant, Eva avait minutieusement organisé notre itinéraire à travers la Chine : en partant de la capitale, nous devions descendre vers le Sud en train afin d’explorer les tombes Ming les plus importantes. La première étape nous menait donc à Pékin pendant une semaine, ensuite à Xinxiang pendant trois jours, Wuhan et enfin Guilin. Les contacts donnés par son professeur ne concernaient que notre dernière destination : il fallait donc se débrouiller seules jusqu’à Guilin. Le retour était prévu en août. Les moussons allaient inévitablement croiser notre chemin et nous accompagner pendant un bon bout de temps.

Ainsi, après avoir obtenu notre joli visa chinois, collé à la fin de nos passeports, nous nous envolâmes joyeusement, un beau matin de juillet, en direction de Pékin-Beijing, la capitale du Nord.

Le lendemain matin (c’est si beau de contempler le soleil qui se lève à travers les nuages cotonneux et pâles comme des moustaches de dragon, avec un arrière-fond musical de ronflements de voyageurs et de rêveries solitaires) une heure avant la fin du voyage, il fut obligatoire de compiler un feuillet jaune avec notre nom, prénom, numéro de passeport, type de visa, durée et lieu de séjour, afin de faciliter notre passage à la douane : si vous allez en Chine, n’attendez pas que les roues du Boeing touchent gracieusement l’asphalte pour le faire, vous pourriez écrire d’étranges idéogrammes martiens sans le savoir… et ne perdez pas le deuxième feuillet, il vous sera demandé pour le retour!

L’aéroport de Beijing était énorme et presque vide lorsque nous arrivâmes à la zone de récupération des bagages, environ une demi-heure après l’atterrissage : nos valises avaient déjà été déchargées, traînées plusieurs fois par le tapis roulant circulaire et enfin mises de côté en attendant leurs propriétaires en retard. Nous prîmes un taxi officiel (évitez les taxis noirs, clandestins, qui font payer aux Occidentaux éperdus une course 400 yuans au lieu de 75) et débarquâmes enfin à notre petit hôtel. Nous laissâmes nos valises dans la chambre que nous avions réservée (non sans avoir auparavant terrorisé les hôtesses d’accueil avec le fantôme de l’anglais et notre mandarin bizarre), découvrîmes avec amertume que le bureau de change à Paris nous avait filé de faux billets (eh oui, ça arrive) et partîmes à la découverte de la ville.

Une chaleur dense d’humidité nous assaillit aussitôt à la gorge, ainsi que des parfums inconnus, parfois âcres, piquants ou envoûtants. Les rues du quartier étaient joliment pavées, des dragons de bronze et de pierre carrés cernaient les portes rouge et or éclatants d’un petit temple bouddhiste, des vendeurs ambulants faisaient griller d’appétissantes brochettes au coin des jardins, la circulation était chaotique.

Traverser la rue se révéla être plus compliqué que nous ne le pensions. En Chine, il est interdit de faire obstacle au mouvement incessant des gens et des marchandises : il faut toujours être prêt, toujours alerte, toujours rapide. Les voitures ne s’arrêtent pas pour laisser passer les piétons, qui doivent prudemment slalomer entre les vieux bolides, les innombrables scooters électriques et les vélos rouillés à dynamo de dernier cri. L’utilisation des clignotants est tout à fait accessoire, on leur préfère de loin le klaxon : un coup pour virer à bâbord, deux coups pour tribord, trois et plus pour « Chaud devant! ».

Nous prîmes le métropolitain pour échapper à la canicule (le ticket magnétique à 2 yuan n’est valable qu’à la gare d’émission : pas de carnet possible) et tournâmes dans le quartier étudiant, près de la Beijing Da Xié, puis nous visitâmes la fameuse Rue des Gourmets, où il est possible de siroter du lait de coco ou du thé vert glacé tout en dégustant des brochettes de scorpion ou d »étoile de mer.

Tandis que ma soeur arpentait les rayons de la plus grande librairie de Beijing en flairant les thèses les plus récentes sur laShendao, je m’aventurais, carte en main, dans les grandes avenues qui longeaient la Cité Interdite, à la recherche de la fameuse Place Tien An Men. Naturellement, je me perdis et je flânais dans un tout autre quartier où je pus visiter le charmant et très silencieux temple taoïste des Nuages Blancs (Bai Yun). Toutefois, je réussis miraculeusement à retrouver mon chemin et aperçus enfin les écailles dorées des pagodes impériales, au tournant d’un grand jardin. À l’entrée de la Cité trônait un immense portrait de Mao Zedong,  qui surveillait du regard la grand Place carrée de Tien An Men.

La Cité Interdite est magnifique : des vagues dorées s’élèvent gracieusement dans le ciel, soutenues par des pavillons rouges aux décors somptueux, des grand’places immenses agrémentées de statues de grus, marmites rituelles en bronze, dragons à carapace de tortue et touristes coréens qui veulent prendre des photos avec vous.

Après avoir traversé maints pavillons écarlates aux noms poétiques (il faut toujours lever le pied droit pour franchir la poutre du seuil qui empêche aux démons d’entrer et ne jamais hésiter ou pire, trébucher, car cela porte malheur) sous un soleil cuisant, nous sommes parvenues à un petit jardin chinois pour une halte bien méritée.

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