C’est haut New York.

Un article sur New York, écrit il y a longtemps (et publié en anglais depuis plusieurs mois), que je ne vous ai jamais montré ici. C’est pour vous prouver que nous sommes toujours là, à régler les derniers détails avant de partir !

J-18.

Dans mon esprit, elle restera comme celle qui éblouit, celle qui enchante, celle qui épuise aussi. Elle sera toujours celle qui a troué les semelles de mes Converses vert bouteille. Je les ai gardées, précieusement, dans un coin de ma chambre. Je n’arrive pas à m’en défaire, et pourtant ne peux plus les porter. Mais elles restent le souvenir vivant de ces journées passées à parcourir en tous sens l’île de Manhattan. Quand je les aperçois, affaissées, jetées négligemment sous l’armoire, j’ai l’impression qu’elles me crient de les enfiler de nouveau, de repartir enchaîner avenues numérotées et rues perpendiculaires, de descendre Central Park West jusqu’à Chelsea avant de couper vers l’East Village, de remonter sur la 5e Avenue pour aller, enfin, leur laisser un peu de répit et m’allonger à l’ombre d’un arbre de Central Park.

Elles en auront vu défiler, du bitume ! Elles auront arpenté des kilomètres de trottoirs, dans un sens puis dans l’autre, dans la neige, par temps sec, sous des trombes d’eau, sur du verglas. La ville les a usées ; elle les a achevées. La sensation de brûlure sous la plante de mes pieds me l’a bien fait comprendre : trouve-toi de nouvelles compagnes de voyage, celles-ci viennent de t’abandonner en chemin. Et pourtant, je les ai ramenées en France, au même titre que les autocollants I Love NY, le thermos aux couleurs de mon université, les centaines de photos qui attendent encore d’être triées. Elles sont la preuve que quelques mois plus tôt, je passais mes journées à déambuler dans la Grosse Pomme. Wikipédia nous expliquera plus ou moins clairement d’où vient ce surnom – ah, les joies de l’explication lexicale ! Si vous voulez mon avis, New York n’a rien d’une pomme, elle n’est ni ronde, ni lisse. Non, elle est hérissée de mille pointes, qui semblent soutenir le ciel, Atlas des temps modernes. Si l’on devait rester dans la métaphore fruitière, l’ananas me semblerait plus adapté à son cas. Et avouons-le, on se fendrait bien plus la poire (je file, je file) en annonçant à ses amis qu’on s’envolait pour l’Ananas aux vacances de Pâques.

Oui, c’est vrai, en m’étendant longuement sur mes pauvres baskets, j’en ai peut-être oublié l’essentiel : si je ne me suis pas rendue compte de l’état lamentable de mes chaussures avant de me brûler les orteils sur le goudron, c’est bien parce que dans les rues de New York, on ne regarde pas ses pieds. On avance le nez en l’air, les yeux montant jusqu’en haut de ces tours qui chatouillent les nuages. On s’étonne, à chaque croisement de rues, de ces architectures si variées, des ces bâtiments qui semblent si accueillants. On espère pouvoir y rentrer, et découvrir un appartement chaleureux, aux murs peints dans un mauve douteux, mais où ont vécu tour à tour des amis de longue date. Et l’on s’émerveille, jusqu’à rentrer dans un des multiples musées qui jalonnent la ville. Le MoMA, que je trouve si calme et apaisant malgré le va-et-vient incessant des visiteurs. Le Met, si imposant, si riche qu’il demande toute votre attention, des heures durant. Et où l’on revient, quelques jours après, fasciné par tant de beauté et de connaissance. J’ai pu y voir l’exposition consacrée à Alexander McQueen : la mode, je n’y connais rien, l’art, un peu plus peut-être. Et je suis restée des heures dans ces pièces sombres et remplies d’une foule compacte qui me bousculait, me marchait dessus, me heurtait, parce que je n’avançais pas, bien trop hypnotisée par tout ce qui était offert à notre vue. A la sortie, ce besoin impérieux de silence et de solitude, crise de misanthropie et d’agoraphobie intense ; recherche frénétique des poteries grecques sur le plan du musée : tout étudiant de lettres classiques sait pertinemment que les vases antiques n’intéressent que lui et ses collègues. J’avais raison, un étage plus haut et quelques salles plus loin, aucun homme vivant n’assistait aux exploits d’Hercule, d’Athéna et Apollon, des guerriers anonymes et athlètes.

Voilà, cette ville, où je me sentais si petite, anonyme moi aussi, et qui pourtant me parut si accueillante, si enveloppante, si envoûtante. Ces inconnus, qui devinrent pour quelques mois mes compatriotes, mes amis, ma famille aussi, un peu, la mienne se trouvant alors de l’autre côté d’un vaste océan. Cette île, dont certaines rues me sont maintenant aussi familières que mon trajet quotidien vers la Sorbonne, où j’aimerais toujours errer.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s